empathie – Codesign-it! http://codesign-it-ventures.fr innovation collaborative Tue, 03 Apr 2018 13:42:06 +0000 fr-FR hourly 1 https://i0.wp.com/codesign-it-ventures.fr/wp-content/uploads/2015/08/Co_logo_small.png?fit=32%2C32 empathie – Codesign-it! http://codesign-it-ventures.fr 32 32 110756974 Un lieu pour faire sens http://codesign-it-ventures.fr/2018/04/03/un-lieu-pour-faire-sens/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=un-lieu-pour-faire-sens http://codesign-it-ventures.fr/2018/04/03/un-lieu-pour-faire-sens/#respond Tue, 03 Apr 2018 13:42:06 +0000 http://codesign-it.com/?p=1644 [...]]]> Toute société s’organise dans l’articulation de sept dimensions:

  • politique : normes, règles, institution, gouvernance
  • naturelle : manifestations de l’incorporation des données physique et biologiques
  • économique : production et distribution des richesses et des biens
  • sociologique : tout ce qui participe à la construction du social
  • temporelle :
  • individuelle : valeur de l’autonomie, de la latitude personnelle, du choix
  • spatiale : questions liées à la distance, aux placements, aux côtoiements

Sébastien Rocq débute cette session par la présentation théorique de la notion d’espace social.

Aujourd’hui, il est primordial de parler aux personnes pour qui on crée un espace, dans un langage qu’elles comprennent, qu’à travers la dimension spatiale, il est proposé une disposition :

“L’espace est d’abord et avant tout une construction sociale” La production de l’espace – Henri Lefebvre

Dans le cadre d’un design d’espace dédié à la stimulation de l’intelligence collective, au codesign, apparaît essentiel qu’une partie du lieu, de l’espace ne soit pas programmée. Cette absence de programmation, de sur-design laisse alors place à l’appropriation du lieu par les individus. Car on ne pré-détermine pas ce qu’est un lieu avant que les individus en prennent possession, se l’approprient.

Sébastien cite Michel Lussault : “Il faut voir l’espace comme un agencement spatial des réalités sociales”

L’agencement, la construction d’un espace suppose alors une compréhension amont de la société pour laquelle il est pensé, designé. Cela dit l’importance de l’espace dans la démarche de codesign. L’espace, l’environnement influence les liens qui peuvent se créer entre les individus.

Sébastien nous parle de notre société et de sa transformation : nous sommes entrés aujourd’hui dans l’ère du collaboratif, notre économie aussi, nous sommes à la fois consommateur ET créateur. Il n’y a plus de frontière entre le pro et le perso et de cette mutation de notre société  découle aussi l’accroissement du besoin de chacun de s’approprier le lieu dans lequel il évolue (personnalisation de son espace de travail, habitudes de placement dans une salle de réunion, actions rituelles…).

Au même titre que la créativité ne peut naître qu’à certaines conditions : l’imagination doit être stimulée, l’esprit doit se sentir libre, l’individu à l’aise dans son environnement.

Alors, que doit-on rechercher dans la conception d’un lieu dédié à la naissance de nouvelles idées, à l’innovation?

Pour rendre une démarche d’innovation possible, il est nécessaire d’accepter qu’elle ne peut pas se faire en intra, l’internalisation ne fonctionne généralement pas : il faut créer une bulle ouverte dédiée à l’innovation. Ce lieu permettra de monter des prototypes, expérimenter, tenter, tester, itérer… Donner à voir, rendre matériel cette quête de nouveauté, d’innovation. Rendre possible la rencontre et l’union des forces, idées et créativité de chacun.

L’erreur serait de sur-designer, car à trop vouloir prévoir, organiser, anticiper, nous serions alors contre-productifs. Tout réside dans la juste mesure, le juste milieu. Le lieu se crée et s’invente au fur et à mesure, il se co-crée par les utilisateurs qui se l’approprient, le font évoluer, le transforment. Il doit pour cela rester accessible, ouvert : chacun doit pouvoir s’y retrouver.

Un lieu d’innovation, d’intelligence collective doit conjuguer trois dimensions :

 

Alors, quelle programmation peut-on en faire ? Quelle liberté y laisser ?

Julie Credou nous parle de son expérience de chercheuse et prend l’exemple du lieu de rencontres informelles de l’ENS Cachan. Ce lieu, hors cadre et pourtant installé au cœur de l’institution a permis à bon nombre d’étudiants chercheurs d’échanger et avancer dans leurs travaux, en partageant une bière (voire plusieurs), un instant, une conversation.

Pour Julie, il est évident et précieux de laisser la place aux rencontres fortuites, à l’informel. C’est la notion de sérendipité

 De ces lieux de rencontres et moments de déconnexion naissent de grandes idées, des réponses à des questionnements, des tests d’hypothèses. Ces instants permettent la célébration de chaque étape d’un projet mais aussi le partage sans cadre, sans peur du jugement de l’autre, sans bride pour l’imagination; grâce à ces lieux d’ancrage identifiés comme des lieux de confiance. Les moments rituels, informels font que les échanges brassent, les idées émergent. Les bienfaits de la spontanéité sont à préserver et demandent de l’ouverture, de l’empathie, de la bienveillance.

Convivialité, bienveillance, liberté, autant de notions auxquelles les pouvoirs décideurs doivent être attentifs et ouverts.

Car dans l’entreprise, comme dans un lieu de recherche, la démarche d’innovation appelle de la structure, de l’exigence. Et plus c’est structuré, plus il faut des moments rituels. Plus c’est exigeant, plus la pression est forte et plus le besoin de relâche est grand. Plus c’est important, plus on a besoin de feedbacks et de confronter les idées.

Pour l’entreprise, créer un lieu d’innovation, c’est créer un lieu porteur de sens.

Comment créer de l’adhésion autour d’un projet ? Il faut lui donner une intention.

Les impératifs pour que cela fonctionne :

1/ le projet soit rattaché assez haut dans l’organisation hiérarchique, aux décideurs. il faut un sponsor à haut niveau et un ancrage dans la réalité du terrain.

2/ ne pas laisser cet espace devenir un jouet, une posture, un outil de vitrine, de communication. Ce lieu a pour objectif de créer de la valeur ajoutée. Au sein de l’entreprise, le lab a pour objectif de matérialiser et donner à voir : il ne peut être seulement vitrine de la volonté d’innover. Afin d’éviter cet écueil, la définition et la méthode de sélection des projets est à penser en amont, dans la phase même de codesign de l’espace. Car l’espace ne devient lieu d’innovation qu’à partir du moment où il s’y passe quelque chose. Et cela réside avant tout dans le lâcher-prise du sponsor stratégique, dans son acceptation de l’idée que ce lieu doit fonctionner en dehors des normes de l’entreprise.

Le lieu doit être polyvalent dans ses usages (temps de travail collaboratif, temps de pause, temps de tests, prototypages…) cela s’accompagne d’un réseau d’acteurs capables d’en tirer parti et d’une équipe en capacité de le faire vivre.

Un lieu d’innovation a donc besoin d’un agencement, de fonctions et d’activités définies, d’une gouvernance et d’une équipe dédiée.

Les rôles “casquettes” d’une équipe Lab

Arrive alors le moment de problématiser. Le sujet : le lab, lieu de stimulation de l’intelligence collective. Lieu de proposition et d’émergence de projets. Lieu de recherches, de tests, d’apprentissages et d’échanges. Lieu des possibles : outils de prototypage, modularité, aspect ludique.

L’espace doit alors offrir à l’utilisateur toute l’autonomie nécessaire à sa créativité.

Un lieu d’intelligence collective, d’innovation collaborative est fondé sur l’initiative des acteurs et l’autonomie de leur travail.

Nous avons été invité à problématiser et réfléchir à des hypothèses pour la création d’un lab d’innovation au sein d’un grand groupe en nous basant sur le vantage points model.Nous avons donc travaillé par groupe sur des dimensions différentes. Certains se sont intéressés à l’ancrage stratégique, au programme d’activités, à l’aménagement du lieu et enfin au prototypage des activités. Chaque dimension est interdépendante des autres et nous avons tous pourtant réussi à réfléchir et proposer des solutions.

De cette séance de travail en groupe, il se dégage deux grandes conclusions :

  • le prototypage est un outil formidable pour matérialiser, accélérer la productivité, expérimenter de manière très rapide
  • il est important d’aborder tous les plans d’un projet de manière systémique et itérative

Ce que je retiens de cette session :

1/ notion de l’importance du sponsorship
2/ rôles de l’équipe et importance d’intégrer toutes ces dimensions dès le départ
3/ l’adhésion passe par un projet porteur de sens : ne jamais oublier le « pourquoi »
4/ la liberté passe par l’appropriation personnelle du lieu
5/ sur-designer est contre-productif
6/ les temps de pauses, l’informel stimulent aussi la créativité, la naissance d’idées car ils sont des temps de partage et d’échange précieux
7/ Importance d’aborder un projet de manière systémique

Pour aller plus loin :

http://laviemanifeste.com/wp-content/uploads/2007/09/michel_lussault.mp3 : interview de Michel Lussault

Bourdieu Pierre. Espace social et genèse des « classes ». In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 52-53, juin 1984. Le travail politique. pp. 3-14; doi : 10.3406/arss.1984.3327

http://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1984_num_52_1_3327

Lauriol Jacques, Perret Véronique, Tannery Franck, « Stratégies, espaces et territoires. Une introduction sous un prisme géographique », Revue française de gestion, 2008/4 (n° 184), p. 91-103. DOI : 10.3166/rfg.184.91-103.

URL : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-gestion-2008-4-page-91.htm

La production de l’espace – Henri Lefebvre

Recherche et convivialité (Apérologie) – Office et Culture – Julie Credou


Restitution proposée Claire Lalanne, participante du Diplôme Universitaire Codesign.

Merci à Sébastien Rocq et Julie Credou pour leur intervention !

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Triangle Dramatique http://codesign-it-ventures.fr/2018/01/02/triangle-dramatique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=triangle-dramatique http://codesign-it-ventures.fr/2018/01/02/triangle-dramatique/#respond Tue, 02 Jan 2018 14:01:01 +0000 http://codesign-it.com/?p=1428 [...]]]> Ces petites frictions du quotidien qui débouchent sur des situations de rupture.

On a tous été confrontés à des situations, professionnelles ou personnelles, où un simple conflit peut dégénérer, s’embourber et créer une situation de rupture ayant des conséquences bien plus dramatique que le motif qui a provoqué initialement la querelle.
Toutes ces situations qu’il est facile de qualifier a posteriori de « problème de communication », d’un « manque de proactivité » ou d’une « absence d’empathie » sont le fait d’un cycle destructeur dans lequel on rentre, telle une pièce de théâtre où les acteurs jouent sans avoir conscience de leurs rôles.
Le psychologue Stephen Karpman a émis à la fin des années 60 un concept simple et applicable permettant de décrire, expliquer et surtout d’éviter ces situations conflictuelles.

« Le « E=MC2 » de la psychologie relationnelle »

La puissance de ce concept réside notamment dans la simplicité de son expression, son universalité et sa capacité à suggérer facilement des solutions concrètes pour répondre aux problématiques qu’il souligne.


Une grille d’analyse pour évaluer la puissance d’un concept.

·      Simple à comprendre même pour un enfant de 8 ans

·      Intéressant pour un étudiant de Harvard

·      Utile pour un agriculteur du Midwest


Une pièce de théâtre dramatique.

1- La scène

La matérialisation d’une scène de conflit sous la forme d’un triangle inversé (forme instable par essence). Le « jeu » commencera lorsque deux protagonistes au moins feront leur entrée par l’un des 3 angles de ce triangle

2- Le casting

 

Le Persécuteur

Le persécuteur se présente comme ayant :

  • Plus de valeur que les autres
  • Le pouvoir de les diriger, de les mépriser
  • Le lourd fardeau de critiquer et agresser les autres pour gérer la situation

 

Le Sauveur

Le sauveur considère qu’il :

  • L’autre n’a plus de valeur que si le sauveur l’aide
  • A pour mission de guider et contrôler l’autre pour qu’il aille mieux.
  • N’a pas d’autre choix que de sortir les autres des écueils ou ils se sont égarés du fait de leur incompétence, l’aide du sauveur est incontournable

 

La Victime

La victime considère en premier lieu ses erreurs :

  • Elle a le sentiment d’avoir moins de valeur que l’autre
  • Elle a tendance à se déprécier et à s’excuser
  • A tendance à se plaindre et à dépendre des autres pour régler une situation

 

3- L’intrigue

Imaginez dans un premier temps une situation professionnelle ou personnelle difficile et stressante, c’est notre décor. La pièce commence lorsque l’élément perturbateur vient bousculer la situation initiale et fait rentrer les acteurs dans le jeu du triangle.

En revêtant l’un des 3 rôles, le premier protagoniste va lancer un hameçon, une attaque sur un point faible de ton interlocuteur. Cette provocation est l’invitation à entrer dans le jeu du triangle.

 

La relation va entrer dans le triangle dramatique si le second interlocuteur « mord à l’hameçon » en acceptant, consciemment ou non de revêtir à son tour l’un des 3 rôles.

 

4- Le climax

La situation, déjà peu réjouissante, va devenir dramatique et s’envenimer lorsque l’un des interlocuteurs va changer de rôle, on parle de « switch ».

 

Cet échange peut continuer éternellement. En alternant les « switch » chacun endosse un rôle incite l’autre à endosser le sien.

La situation est alors propice à l’enlisement du conflit, un Viêt-Nam relationnel sans fin, et sans espoir de sortie qui peut tirer la situation vers le bas jusqu’à qu’elle soit insoutenable pour l’un des protagonistes (épuisement, perte de confiance en soi, perte de confiance au sein de l’équipe, démotivation, …).

 


Le petit guide CASE pour bien favoriser le triangle dramatique et dégrader la situation :

·      Condescendant : considérer les autres avec mépris, se sentir supérieur

·      Abrupte : ne pas mettre les formes

·      Secret : entretenir le flou sur les objectifs

·      Evasif : ne pas répondre concrètement aux questions et interrogations : « botter en touche »


 

Karpman propose des solutions comportementales individuelles pour sortir du triangle dramatique. Nous croyons qu’il est possible d’éviter le triangle dramatique par des modes / principes de collaboration.

 

A – Sortir du triangle dramatique

Il s’agit de faire évoluer les 3 rôles dramatiques vers une posture d’avantage tournée vers la collaboration et l’empathie.

Persécuteur à Puissance :
Un leader accompagne le développement de ses équipes, est capable de définir une vision, de la partager et de se faire accompagner pour la mettre en œuvre

Sauveur à Soutien :
Donner les clés pour que les autres membres de l’équipe soient en mesure de progresser, accompagner leur développement professionnel

Victime à Vulnérable / volontaire :
reconnaître ses erreurs, partager ses doutes et agir avec les autres pour questionner les incertitudes d’un projet.

 


CASE+ un contexte propice à sortir du triangle dramatique

·      Chaleureux : accompagner / faire grandir

·      Accueillant : recevoir les remarques, les doutes, répondre aux interrogations

·      Solidaire : Aider, être présent et comprendre les motivations

·      Engagé : Être présent et investi vis-à-vis du projet et de l’équipe.


 

La simple connaissance du modèle permet de tempérer une situation et d’éviter qu’elle ne dégénère.
La proposition de Karpman demande un fort travail sur soi. Mais est-ce l’unique solution ?

 

B – Éviter le triangle dramatique

Contrat initial de collaboration : définir les règles du jeu de la collaboration
Dans la pratique ça veut dire quoi ?

Travailler avec plus de transparence
Transparent sur quoi ? Via quels moyens de communication ?

Échelle de l’intimité
Pas sûr, on peut jouer au triangle dramatique avec des proches…

Humour et prise de recul
Paradoxal et demande un grande maîtrise

Instituer des règles de CNV (Communication Non Violente)
Ok pour soi. Et pour les autres ?

Éviter les « joueurs professionnels »
Sommes-nous prédisposés à jouer un rôle en particulier ?


SEVF : Faciliter la cohésion au sein d’un groupe

·      Signe de reconnaissance

·      Encouragement

·      Validation

·      Facilitation


 

Restitution proposée par Léo Veyrier, participant du Diplôme Universitaire Codesign.

Merci à Bertrand Huck pour son intervention !

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A la recherche du problème perdu… http://codesign-it-ventures.fr/2017/03/18/a-la-recherche-du-probleme-perdu/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=a-la-recherche-du-probleme-perdu http://codesign-it-ventures.fr/2017/03/18/a-la-recherche-du-probleme-perdu/#respond Sat, 18 Mar 2017 14:15:52 +0000 http://codesign-it.com/?p=762 [...]]]> entonnoir

Nous avons la solution, quelle est le problème ?

En élaborant des solutions, nous restons parfois suspendus à se demander : au fait, quel était le problème à résoudre, où va-t-on, à quelle question répond-t-on ? Ou pas. Difficile parfois de concilier le temps de la question et du faire.

A chaque session du D.U.Codesign, nous parcourons l’étape de problématisation du cycle de pédagogie inversée (PI). Fort heureusement. Une sorte d’hygiène que je trouve salutaire pour des pratiques d’innovation collaborative qui cherchent et donnent sens.

Lorsque j’ai perçu l’attention particulière portée à la problématisation lors de cette session fin janvier avec Ange Ansour, intervenue pour parler des Savanturiers, je n’ai pas hésité à me saisir de cette publication. Pas de hasard que ce sujet émerge alors, je constatais une forme de récursivité en reprenant la définition des Savanturiers : « Nous sommes tous nés chercheurs, donc curieux et avides de comprendre et d’agir. Les Savanturiers œuvrent pour une école ambitieuse qui formerait tous les élèves à la créativité du questionnement, à la rigueur de la recherche et à la coopération au service de l’intérêt commun. Nous nous engageons pour former des citoyens humanistes et acteurs d’une société juste de la production et du partage des savoirs. »

Une mise en péril dansante

Ange Ansour nous permet d’aborder la complexité des Savanturiers, et met en avant le problème d’une croissance incontrôlée, avec de fortes demandes de croissance supplémentaire. Elle nous suggère un challenge : comment répondre à la demande de croissance, tout en restant un dispositif complémentaire de l’école, sachant que l’action n’a jamais été structurée ?

Nous pouvons nous emparer de cette question, ou bien en chercher une autre. Ces questions doivent nous importer personnellement dans tous les cas.

Ma recherche de question commence avec deux autres participants, Emmanuelle et Martin. Nous avons tendance à énoncer des réponses plus que des questions, pour ensuite mettre en évidence la question sous-jacente. La problématisation me fait penser ainsi au jeu du Jeopardy. Je cherche la traduction française : « mettre en péril ». Je perçois bien cela comme une excursion risquée dans les abîmes de la réflexivité. Pour s’y aventurer, la nécessité de rester connecté à notre réalité, s’abandonner au présent. Une attention fine pour porter une question qui apporte de la détermination, échappe à une pente passive du « business as usual ».

Nous nous arrêtons sur la définition des termes que nous employons. Besoin d’un temps d’incorporation. Se relier. Acquérir un language commun. Chacun doit rester dans la danse. Prendre le temps d’expliciter son propos, relié à ce qui l’anime.

Nous reprenons contact avec la réalité du projet, avec Ange Ansour, pour clarifier ce que nous avons pu comprendre différemment, et assurer nos pas.

Après une série de questions, nous itérons, je trouve maintenant mes questions précédentes un peu fade. Comme si après le temps de nous accorder, en phase avec le sujet, il était possible d’aller donner plus de relief à ce que nous faisons.

Les questions émergentes et la rencontre

Nous traversons beaucoup de questions et finissons par celle de la nécessité de passer à un autre stade développement, de réaliser une métamorphose.

Notre problématisation...

Notre problématisation…

Vient le moment le plus intense, je trouve, la rencontre entre ce que nous avons pu faire grandir en nous et communiquer, et ce qui est capté par l’interlocuteur qui porte le sujet.

Ce que je trouve magnifique, c’est la possibilité de venir réveiller quelque chose chez l’autre, l’écho crée, et le mouvement généré.

En l’occurrence, Ange Ansour est interpellée par la question de la métamorphose, qui vient, selon elle, cristalliser quelque chose qui était présent mais pas formulé ainsi. Elle ira même plus loin en identifiant ce qui permettrait de se métamorphoser, posant une nouvelle question, celle de la nécessité de réaliser un deuil.

Problématiser =  un entonnoir + un maker

Une meta-discussion sur la problématisation agrémente nos diverses restitutions.

Greg Serikoff, responsable de l’équipe pédagogique du D.U. Codesign, pointe certains risques de la problématisation. Celui de l’évitement : ne pas qualifier un problème, en recherchant l’ouverture par peur de limiter le problème. La problématisation risque aussi de renvoyer des questions en permanence, consistant à fuir des problèmes car on ne voit pas la solution.

Un problème bien qualifié permet de l’attaquer vite, insiste Greg Serikoff. Il est important notamment de formuler nos phrases en entier. Ange Ansour nous interpelle également à plusieurs reprises avec précision sur la définition des termes que nous employons. Elle fait le parallèle avec la démarche scientifique, où la difficulté consiste à apprendre à renoncer à des données non exploitables. De la difficulté à faire entonnoir.

Cette démarche est également dans la philosophie des makers, renchéri Greg Serikoff. En tant que maker, parmi la vastitude des choix accessibles, en fonction des forces dont je dispose, je dois faire des choix et des renoncements rapides, se rendre compte qu’un problème n’en est pas un. Une philosophie qui permet des boucles rapides, la fragmentation  d’une question.

Plusieurs façons d’isoler les questions de la problématique

Ange Ansour élargit notre regard en mentionnant trois façons d’isoler les questions de la problématique, en vue : d’une solution ; de dévoiler un mécanisme ; ou d’isoler un facteur.

 

3-chats

réel, avec l’idée, les invariants
mécanique, comme le fera un ingénieur, utile pour un objet complexe à structurer
perceptif, très employé en politique ou en marketing…

 

 

 

Cet échange a été inspiré par le modèle des 3 chats de Matt et Gail Taylor.

L’intérêt étant de passer d’un chat à l’autre pour examiner la question, ce que j’ai voulu mettre en pratique au travers de cette restitution. Comme l’indiqua Ange Ansour, l’essentiel dans les pédagogie innovantes est la mise en pratique des savoirs.

J’aime bien l’idée d’utiliser un modèle pour s’accorder sur la façon de voir une situation, prenant ainsi différents angles, permettant à chacun de s’y retrouver selon ses préférences, et de se mettre à la place d’autrui, en empathie. Il faut bien un biais d’entrée, autant l’expliciter pour faciliter le travail collaboratif.

Greg Serikoff remarque que nous avions plus de naturel dans la problématisation.
Je me demande pour ma part, certes, comment je pourrai encore progresser avec naturel, et aussi comment je pourrai faciliter la qualification de bonnes questions dans des entités peu structurées similaires à celle des Savanturiers, et avec des personnes qui n’ont pas forcément cette pratique, culture, et disponibilité à priori….

Merci à Emmanuelle Faure et Martin Boudier  !

Merci à Ange Ansour pour son intervention !

Restitution proposée par Sarah Fortin, participant du Diplôme Universitaire Codesign

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Le voyage de Valentin http://codesign-it-ventures.fr/2016/05/30/le-voyage-de-valentin/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=le-voyage-de-valentin http://codesign-it-ventures.fr/2016/05/30/le-voyage-de-valentin/#respond Mon, 30 May 2016 08:35:10 +0000 http://codesign-it.com/?p=560 [...]]]> De la Malaisie, et par Skype, Valentin Boré, l’un des premiers codesigners français, résident de Codesign-it!, tient à nous faire partager son expérience.

ValSon parcours semble non-linéaire, chaotique : étudiant en géologie, il se rend compte que cette spécialité, dans un cadre universitaire, n’est pas faite pour lui et que lui n’est pas fait pour être dans un cadre. Il bifurque assez rapidement, a priori sans regrets, vers l’animation et le développement en multimédia. Après 5 années dans ce domaine, il devient l’un des premiers membres du réseau ASE (Accelerated Solutions Environment) de Capgemini en tant que « Knowledge Worker. »

La discipline, nouvelle en France, lui permet de partir d’une page blanche pour construire le périmètre de ses fonctions et les outils et techniques associées.

Cela tombe bien, Valentin souffre d’une allergie aux choses déjà vues et développe de fait un goût prononcé ce qui est étrange, nouveau.

Et si quelques années plus tard Valentin prend un congé sabbatique de plusieurs années où il se met à développer ses propres applications, il continue néanmoins à exercer son activité de codesigner en toute autonomie.

Le codesign a été un monde nouveau pour Valentin. Il dit lui-même ne pas avoir été « préparé à ça. »

Devant l’infinité de possibilités, d’axes possibles dans le design, se posant de multiples questions sur ce qu’est être designer et sur sa légitimité à l’être au travers de certaines compétences et postures nécessaires (le coaching par exemple), Valentin trouve son salut en se « raccrochant aux branches ».

Sa branche la plus massive, la plus robuste est celle de l’empathie. Cette empathie qui lui offre dans la tempête de son cerveau une clé, une question d’entrée qui lui sera essentielle et qui constituera « sa » colonne vertébrale pour l’ensemble de son activé de codesign mais aussi de développement d’applicatifs : « Quel est LE besoin de l’utilisateur ? »

A partir de cette question, il lui suffit de travailler et retravailler le besoin, « enlever le gras », se poser de multiples fois la question « si je ne devais garder qu’une question, qu’une réponse ou une attente, ce serait laquelle ? »

C’est ainsi qu’il parvient à atteindre la pureté et clarté ce message limpide : “ne faire qu’une chose, mais la faire bien.”

Pour Valentin en effet, la créativité est « l’art d’éliminer les options ». La nouveauté se nicherait dans la réponse à un besoin précis. Cela lui demande de la ténacité car il s’agit de ne pas céder aux multiples demandes de son commanditaire et de s’y tenir coûte que coûte.

Valentin a une autre règle. Sur un service, une application, une fonctionnalité, 80% des réponses apportées constituent un besoin d’utilisation réel. Les 20% restant ne sont là que pour rassurer le commanditaire, l’équipe projet, voire l’utilisateur final. La préconisation de Valentin est alors limpide : il faut virer ces 20%, les éradiquer.

 

De l’empathie vis-à-vis du client final doit émerger un besoin unique. Le rôle du codesigner sera d’amener les personnes à y apporter une seule réponse tout en gérant les frustrations des commanditaires en amont. Être codesigner est pour cela aussi épuisant.

Pour cela, l’empathie doit lui permettre d’être dans une posture d’écoute très fine du besoin du client et de l’utilisateur. Il doit limiter les objectifs secondaires, les faux objectifs.

L’accompagnement du sponsor est essentiel. Le temps d’accompagnement ne doit pas être négligé. La posture de Valentin se doit d’être également la plus ouverte possible : son esprit est une page blanche, arguant qu’à chaque problème, il peut exister un nombre infini de solutions possibles.

Si l’on devait résumer en une formule la bonne posture du codesigner selon Valentin, ce serait celle-ci:

Détection du besoin unique du client final = posture empathique x (1/3 de méthodologie collaborative + 1/3 de coaching + 1/3 de consulting)

Mais il le précise, c’est la formule qui lui convient le plus. Elle n’est peut-être pas adaptée à chacun d’entre nous. Trouver la bonne formule dépend de nous et du voyage intérieur que nous sommes nous-mêmes prêts à parcourir.

Valentin qui a été élevé dans un milieu artistique nous dit ne s’être longtemps jamais perçu comme un artiste… jusqu’à récemment. Être codesigner, c’est l’art de concevoir, c’est donc être artiste. Valentin est donc un artiste. Il semble aujourd’hui apaisé, serein dans sa posture. La tempête de questions qui se posent dans son cerveau semble s’être calmée. Il semble avoir accompli son voyage intérieur et être aujourd’hui un codesigner accompli.

Au regard de nos réactions, questions et, pour certains, perplexités voire frustrations suite à son intervention, notre voyage intérieur vers le métier de codesigner ne fait que débuter… !

Merci à Valentin Boré pour son intervention !

Restitution proposée par Sébastien Massin, participant du Diplôme Universitaire Codesign.

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